Pouvez-vous arrêter de dire à mon enfant qu’il est gêné ?

Lorsque les enfants introvertis, timides ou anxieux socialement sont mal compris !


Les enfants sont de petites éponges qui absorbent des messages constants de leur environnement, que ce soit en écoutant, en observant, en touchant ou tout simplement en vivant une expérience. Leur cerveau prend toutes ces informations auxquelles ils sont constamment exposés et tente de faire du sens de leur monde extérieur, de ce monde qui les entourent. Dans le fond, le cerveau veut faire du sens de toutes ces informations donc il va créer des liens entre elles. Parfois, ces liens sont très justes alors que d’autres fois, ils sont plutôt erronés. Mais l’enfant, tout comme l’adulte, peut avoir bien du mal à faire la différence entre les liens qui sont justes et ceux qui ne le sont pas, entre ceux qui lui sont utiles et ceux qui ne le sont pas.

Prenons un exemple ! Imaginez que vous devez remettre un gros rapport détaillé à votre patron pour le travail. Vous savez que ce rapport servira une fonction additionnelle, soit celle de permettre à l’équipe de gestion d’évaluer votre travail puisque vous êtes dans la course pour une promotion. Vous travaillez de longues heures et y mettez beaucoup d’effort. Le lundi matin, vous remettez ledit rapport avec une certaine nervosité puisque vous savez que ce dernier est votre chance en or de prouver votre mérite pour ce poste auquel vous aspirez tant.

A 8h30 lundi matin, vous remettez le rapport à votre patron, en mains propres, pour vous assurez de faire bonne impression. Il vous remercie et retourne dans son bureau. Quelques heures plus tard, vous croisez votre patron dans le corridor et vous avez l’impression qu’il évite votre regard. Comment vous sentez-vous ? A l’heure du diner, alors que vous entrez dans le salon du personnel, votre patron semble ramasser son diner et quitter la table au même moment que vous vous asseyez. Comment vous sentez-vous ? Quel lien votre cerveau est-il en train de faire entre la remise du rapport, la promotion potentielle et le comportement de votre patron ? Finalement, en fin de journée, vous recevez un courriel qui explique que le concours pour le poste auquel vous aspirez sera prolongé et que la date limite pour poser sa candidature est repoussée de deux semaines sans aucune explication additionnelle. Comment vous sentez-vous ? Quoiqu’il n’y ait possiblement aucun lien entre les évènements décrits, votre cerveau aura bien du mal à se convaincre que ce sont tous des évènements isolés.

Le cerveau des enfants fonctionne de la même façon ! C’est un peu comme s’il voyait la vie comme un casse-tête géant où il y manque occasionnellement des morceaux. Une fois qu’un nombre suffisant de pièces de casse-tête soit placées, ils sont capables d’imaginer les pièces manquantes pour créer l’image dans leur cerveau. Mais qu’est-ce que cela a à voir avec le fait que je déteste que les gens disent à mon enfant qu’il soit gêné ? Je m’explique !

Ma fille est un enfant assez timide lorsqu’elle doit faire face à de nouvelles situations et ce, surtout lorsqu’elle était d’âge préscolaire. Étant consciente de ne pas vouloir lui mettre d’étiquette, je faisais attention de ne pas lui dire qu’elle était timide, même si je le pensais. Par contre, comme je n’ai de contrôle sur nul autre que moi-même, elle avait souvent entendu le mot GÊNÉ ! Au fête d’amis, alors que maman devait rester avec elle, il y avait toujours un adulte bien intentionné qui se donnait plaisir de lui dire : « Tu n’as pas besoin de faire ta gênée ! Vas jouer avec tes amis ! » ou encore un autre adulte qui me disait, comme s’il m’apprenait quelque chose « Elle est gênée hein ? » alors que ma fille était collée sur moi comme si une bande de velcro de qualité industriel nous retenait ensemble. D’autres adultes préoccupés auraient osé me demander « Qu’est-ce qu’elle va faire lorsqu’elle commence l’école ? Ouf ! Elle va avoir de la misère ! » avec une certitude dans leur voix que ma fille allait vivre une grande souffrance dès sa rentrée à la maternelle ! Bref, même si j’avais toujours éviter le mot « gênée » ainsi que tous les autres mots de cette même famille lorsque je tentais de décrire ma fille, elle l’avait non seulement entendu à répétition mais son cerveau avait eu plein d’occasion à faire des liens entre certains évènements et le comportement qu’on s’attendait d’elle.

A l’automne de sa prématernelle est venu le temps de l’inscrire à l’école ! J’avais expliqué à ma fille que nous avions un rendez-vous pour aller faire une activité avec une madame, à l’école, afin de montrer à cette madame, les belles choses qu’elle savait faire. J’avais ajouté que le tout se passerait sous forme de jeux amusants.

La grande journée de l’inscription à l’école enfin arrivée, je quitte la maison avec ma fille pour nous rendre à l’école. Dans la voiture, la conversation va comme suit :

Fille : « Maman ? »
Moi : « Oui, chère ? »
Fille : « Je ne vais pas parler à la madame hein ? »
Moi : « Bien sûr tu vas lui parler ! Elle veut faire des activités avec toi ! »
Fille : « Non ! Moi, je ne parle pas aux personnes à l’école. Je suis gênée, moi ! »

Wow ! Elle s’était tellement faites dire qu’elle était gênée qu’elle s’était approprié l’étiquette et EN PLUS, le rôle qui venait avec cette étiquette ! Donc s’il-vous-plaît, assurez-vous que les étiquettes que vous choisissez d’apposer à votre enfant ou aux enfants des autres, sont en effet des étiquettes utiles qui vont leur servir et leur permettre de s’épanouir.

Maintenant que nous comprenons quoi ne pas dire aux enfants timides ou anxieux dans diverses situations sociales, comme des fêtes d’amis, que devrions-nous plutôt dire ? Voici quelques stratégies pour aider votre enfant à bien vivre ces occasions qui semblent si amusantes pour plusieurs mais qui causent à d’autres, comme ma fille, de l’anxiété et de la nervosité.

1- Reconnaitre qu’une certaine timidité est saine :

Lorsque l’être humain arrive dans une situation inconnue, il est tout à fait sain d’évaluer la situation avant de s’y lancer. C’est un mécanisme de protection de l’être humain ! Un enfant qui choisit de regarder ce qui se passe, d’évaluer avec qui il va jouer et même à quel jeu il va s’adonner démontre une bonne capacité d’inhibition et de planification.

2- Planifier à l’avance :

L’inconnu produit de l’anxiété. Lorsque votre enfant s’inquiète du déroulement de la fête ou de toute autre activité, il peut être préférable de planifier à l’avance avec lui. Par exemple, si vous savez qui sera à la fête, dites-lui. Si vous connaissez le déroulement de l’évènement, faites-lui en part. Vous pouvez également offrir aux parents d’un ami qui va au même évènement de conduire les deux enfants ensemble. Parfois, l’union fait la force et on se sent plus à l’aise lorsqu’on arrive dans un nouveau contexte social accompagné d’un ami.

3- Permettez à votre enfant de prendre le temps dont il a besoin :

Vous pouvez dire à votre enfant, avant votre arrivée à l’évènement, que vous remarquez qu’il a besoin d’un peu de temps avant d’aller jouer puisqu’il aime observer ce qui se passe ! Vous pouvez ensuite le rassurer que c’est bien correct et que lorsqu’il sera prêt, ses amis seront contents qu’il se joigne à eux.

4- N’acceptez pas les étiquettes que les autres adultes tentent de mettre sur votre enfant :

Si un autre parent ou adulte fait un commentaire sur la timidité de votre enfant, et ce, surtout si votre enfant est présent, assurez-vous de reformuler en expliquant que votre enfant ira jouer tout à l’heure quant il aura choisi le jeu qui l’intéresse davantage. Vous pouvez également expliquer que votre enfant aime bien observer ce qui se passe avant de commencer à jouer et qu’il ira lorsqu’il se sentira prêt.

5- Établissez des buts réalisables avec votre enfant :

Les enfants introvertis sont très sensibles à leur environnement et sont bien conscients que les autres enfants prennent moins de temps qu’eux pour devenir confortables dans une nouvelle situation. Il se peut qu’il soit même un peu envieux des enfants qui semblent confortables partout et avec n’importe qui. Si votre enfant désire être capable de se faire simplement déposer au cours de danse sans que maman reste dans le studio ou encore se faire déposer à la fête de son ami sans que papa ait à passer deux heures à la fête, établissez une liste de défis à surmonter. La liste devrait être graduée en ordre d’intensité. Par exemple, le premier défi pourrait être que papa quitte la fête d’amis après y avoir resté 30 minutes. En faisant face à des défis de plus en plus importants, votre enfant réalisera vite son ultime objectif de se faire déposer au cours de danse ou de rester seul à la fête!

6- Consultez au besoin :

Qu’arrive-t-il si notre enfant est tellement timide que cela lui cause des ennuis importants ? Qu’arrive-t-il lorsque cela vient nuire à ses apprentissages scolaires ou s’il refuse de participer à des activités qui ne sont pas optionnelles ? Certains enfants et jeunes peuvent souffrir d’un trouble d’anxiété sociale qui va bien au-delà d’un trait de personnalité tel que l’introversion ou la timidité. Si votre enfant semble vivre une réelle détresse dans des situations telles que les fêtes d’amis, les réunions de famille ou la salle de classe, il peut s’avérer important de consulter un professionnel tel qu’un psychologue qui pourra travailler avec vous et votre jeune afin de lui enseigner des stratégies et des outils pour lui permettre de réduire la détresse vécue dans diverses situations

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