Donnons-nous trop de choix à nos enfants ?

Être parent en 2017 me semble une tâche bien plus lourde qu’en 1977. Est-ce simplement ma perception puisque je suis en plein dedans, alors qu’en 1977, j’étais encore en couches ? Je ne le pense pas puisque, même ma mère, qui était parent bien avant le Y2K me répète souvent qu’on se complique trop la vie !

Il me semble qu’un des facteurs qui contribuent à ce phénomène est l’accès à trop d’informations. Si vous n’êtes pas convaincus, vous n’avez qu’à constater la panoplie de titres disponibles dans la section « parents » de votre libraire préférée. Vous pourriez lire un livre par jour sans pour autant épuiser l’inventaire de la première tablette avant le prochain anniversaire de votre petit !

En général, la liberté de choisir est merveilleuse, mais plus nous avons de choix, plus notre cerveau perçoit la possibilité de faire le « mauvais » choix. Donc, que faisons-nous pour réduire notre propre peur de faire le mauvais choix dans cette tempête de surinformation ? Dans certains cas, nous « consultons » nos enfants ! Nous les plaçons dans des rôles de consultants ou de conseillers alors que leur cerveau n’est certes pas encore capable de gérer toutes ces décisions.

« Que veux-tu pour souper ?   Que veux-tu faire en fin de semaine ?   Où aimerais-tu aller pour notre voyage familial ?   Veux-tu aller chez grand-papa pour le diner ?   Que veux-tu comme collation ?   Que veux-tu faire pour ton anniversaire ? »

Voilà des choix que nous donnons à nos enfants quotidiennement. Une partie du problème se trouve dans le fait que nous ne voulons pas toujours leur opinion, mais nous la demandons tout de même. Imaginez la scène suivante. Je sers du poisson et du brocoli pour souper ; déjà difficile pour un parent d’offrir quotidiennement des options santé à ses enfants. Ai-je besoin de me mettre dans une situation où les enfants s’objecteraient à mon choix de menu : «Tu n’as pas fait des nachos! J’avais dit que je voulais des nachos! » Évidemment, je sais que si je demande à mes enfants ce qu’ils souhaitent manger, le brocoli va pourrir au réfrigérateur !

L’autre jour, au Toys r Us (en parlant d’endroits qui offrent trop de choix… ), j’entendais une maman discuter avec son enfant. Elle semblait être une merveilleuse maman bien intentionnée. Alors qu’elle tentait d’enseigner au petit d’environ huit ans la bonne gestion de ses finances (ici, il faut lire : comment dépenser son argent de fête), le jeune s’opposait. La maman dit : « Est-ce que je peux continuer mon point? » Ouf! Et s’il osait lui répondre: « Non! Non, Maman! Tu ne peux pas finir ton point! » J’imagine que la montée de pression artérielle de cette dame aurait été visible. Cette maman lui offrait encore un choix où il n’y avait en fait aucun choix qui lui revenait. Elle allait finir son argumentation, et ce n’était pas le petit garçon, du haut de ses huit ans, qui allait l’en empêcher. J’apporte cet exemple simplement pour démontrer qu’en ayant l’intention de « respecter notre enfant », « de ne pas brimer son estime de soi » ou d’être le parent qu’on pense avoir besoin d’être en 2017, les enfants font possiblement face à trop de choix qui ne leur appartiennent pas.

Est-ce que je suis contre offrir des choix aux enfants ? Absolument pas ! En fait, une théorie en psychologie porte le nom de théorie du choix. Cette théorie, qui est le fruit du travail de Dr. William Glasser, a pris de l’ampleur suite à la parution de son livre « La liberté de choisir, s’affirmer sans contrôler » paru en 1998. Une des prémisses de base de cette théorie est que le contrôle externe que nous pouvons exercer sur l’autre nuit à l’établissement de relations saines et que nous ne devons pas tenter de contrôler autrui, nos enfants inclus. Cela dit, nulle part dans cette théorie est-il suggéré d’enterrer les enfants d’une montagne de choix qui ne leur appartiennent pas ou de leur offrir le volant avant de leur avoir montrer comment naviguer sur le chemin de la vie.

Les enfants se tournent vers leurs parents pour développer leur sentiment de sécurité. Ils demandent d’avoir des limites dans lesquelles ils peuvent naviguer de façon sure et sécurisante. Dans un article publié dans Psychology Today, Erin Leyba explique que les enfants veulent que leurs parents fournissent la structure et prennent les décisions clés pour la famille. Ils s’attendent à cela afin de se sentir en sécurité. Alors que c'est génial de permettre aux enfants d’avoir leur mot à dire, trop de choix ou encore de trop grosses décisions qui ne leur appartiennent pas peut faire en sorte que les enfants se sentent dépassés ou qu’ils ressentent une trop grande pression qui ne leur revient pas.

Dans un article paru sur le site web positiveparentingconnection.net, Ariadne Brill explique que les enfants apprennent à prendre des bonnes décisions en ayant l’opportunité de faire des choix et de participer à certaines décisions. Étant donné que les enfants apprennent à prendre de bonnes décisions en ayant la chance d’en prendre, l’enfant doit avoir l’occasion de faire des choix et de prendre des décisions, sinon il ne sera pas équipé pour le faire lorsqu’il grandira et deviendra plus autonome. Il cherchera toujours une validation externe. Cela peut s’avérer très dangereux à long terme, surtout lorsqu’il se tournera vers ses pairs plutôt que vers les adultes bienveillants pour cette approbation.

Être un parent qui soutient et respecte le besoin de son enfant à participer activement dans la prise de certaines décisions est un merveilleux objectif, mais tout doit se faire avec équilibre. Des choix peuvent être offerts aux enfants sans toutefois leur mettre des responsabilités sur les épaules qui ne leur reviennent pas. Dans les choix offerts aux enfants, le parent a la responsabilité de les guider et, au besoin, de les amener vers des choix appropriés. Il faut aussi se rappeler que l’intention derrière le fait d'impliquer les enfants dans des choix n'est pas pour acheter la paix ou pour garder les enfants heureux à tout prix, mais plutôt pour leur permettre d’apprendre cette habileté de vie importante qui est de prendre des décisions et d’accepter les conséquences de ses choix.

Alors, comment trouver l’équilibre entre offrir des choix aux enfants tout en leur fournissant également les balises nécessaires pour développer leur sentiment de sécurité ? Voici certaines stratégies pour vous guider dans cette tentative vers l’équilibre.


1- Donnez des choix dirigés.
Donnez aux jeunes enfants, surtout en bas âge, le choix entre deux choses seulement. Cela leur permet d’apprendre à faire des choix dans des situations qui les touchent spécifiquement. Par exemple, pour un enfant d’âge préscolaire, cela peut se traduire en lui offrant le choix entre deux habillements appropriés pour la situation, comme choisir entre un pantalon-jogging ou un jeans pour aller à la garderie. L’enfant apprend donc que son choix qui lui revient aura une influence sur son niveau de confort pendant la journée et qu’il a un mot à dire dans les décisions qui ont un impact sur son sentiment de bien-être.

2- Donnez des choix qui impliquent l’enfant uniquement. 
Certains choix ne reviennent pas aux enfants. Des choix qui mettent en jeu la sécurité des enfants, des choix par rapport à l’argent des parents, des choix quant à la dynamique familiale ne leur appartiennent pas. Il est donc primordial de ne pas mettre cette responsabilité sur de si petites épaules. « Est-ce que tu voudrais avoir un petit frère ou une petite sœur ? » ou « Est-ce que tu veux passer plus de temps chez papa ou chez maman? » peuvent à première vue sembler des questions qui respectent le vouloir de l’enfant, mais en fait, celles-ci lui imposent une responsabilité qui ne lui revient pas, et surtout, sur laquelle il n’a aucun contrôle. Assurez-vous de garder les décisions d’adultes pour les adultes.


3- Ne jamais dire : « Je t’avais dit ».
On apprend par l’entremise d’expériences de vie. Assurez-vous de laisser l’enfant assumer son choix. Si le résultat atteint n’était pas le résultat anticipé, l’enfant apprendra de son expérience. Vous n’avez surtout pas à lui dire, « je t’avais dit que tu aurais froid avec ce manteau léger », « je t’avais dit que tu aurais faim si tu ne terminais pas ton assiette » ou « je t’avais prévenu que tu serais trop fatigué en te couchant si tard ». Les « je t’avais dit » transmettent le message que vous avez raison et, conséquemment, que l’enfant a tort. Tout le monde fait des erreurs et tout le monde apprend de ses erreurs. N’enlevez donc pas cette opportunité d’apprentissage à votre enfant. Surtout, ne nuisez pas à la relation parent-enfant en lui faisant honte de son choix puisqu’il apprendra que, lorsqu’il fait de mauvais choix, vous n’êtes pas là pour le supporter.

En conclusion, finis sont les jours où les enfants devaient être vus, mais pas entendus. Toutefois, un enfant demeure un enfant et un parent demeure un parent. Le but d’être parent est d’amener l’enfant vers l’autonomie, mais il faut se rappeler que celui-ci est en développement et qu’il doit être accompagné par un parent bienveillant et encadrant pour devenir un adulte autonome et heureux.


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6 Comments

  • Louise cormier
    Très belle article Manon!
    • Manon
      Merci beaucoup! :-)
  • Margot
    Wooow! Merci pour les bons conseils!! Plusieurs choses que nous disons sans même s'en apercevoir ou sans réaliser l'impact! A mettre en pratique chez nous! ;) xoox
    • Manon
      Merci! Je suis très contente de savoir que cet article permet une prise de conscience! :-)
  • Mélanie
    Article très utile. Merci!
    • Manon
      Merci beaucoup pour ta rétroaction :-)

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